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09/03/2010 11:21:00
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Renaud Lavillenie sans concessions

PAR J.LENORMAND - Coupe du monde - 2010
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renaud lavillenie en route pour Doha


Ce week-end, Renaud Lavillenie pourrait remporter son 1er titre de Champion du Monde du saut à la perche. A quelques jours de ce grand rendez-vous, il a cependant accepté de répondre à nos questions. Lorsque l’on parle de saut à la Perche, un nom revient : Serguei Bubka celui qui a tant dominé son sport, peut-être trop d’ailleurs. Bubka et le dopage des sujets que Renaud évoque longuement dans cette interview. Par ses réponses complètes et riches en informations on peut découvrir un athlète qui, malgré ses 23 ans, garde la tête sur les épaules, mais surtout ne vise que la victoire. Fans de sport, Lavillenie se présente à vous.


 

 

On ne sait pas beaucoup de chose à ton sujet, tu parles peu de ta vie extra-sportive. Comment es-tu venu au saut à la perche ?

Je m’exprime généralement sur les performances, car j’aime garder un peu de secret sur ma vie, mais je réponds lorsque l’on me pose des questions. J’ai commencé la perche tout jeune, grâce à mon père qui était lui-même ancien perchiste. Je le suivais lors de compétitions et à l’entraînement et j’ai tout de suite accroché.

 

C’est assez rare, les jeunes qui débutent le sport par la perche…

Oui, mais c’est parce qu’au niveau des structures, il n’y a pas beaucoup de possibilités, on vient forcement par la passion à ce sport. Moi, en plus de mon père j’étais fan de Jean Galfione et Serguei Bubka, c’étaient deux symboles de la perche mondiale.

 

Tu as pu rencontrer tes idoles depuis…

C’est vrai que quand je les regardais à la télé, je ne pensais pas pouvoir un jour les rencontrer. Maintenant j’ai Jean assez souvent au téléphone, bon pas encore Bubka (rires), mais je le vois sur différentes compétitions. Pouvoir rencontrer des sportifs que tu admires c’est un plaisir sans nom, en plus je n’ai eu aucune déception à leur sujet.

 

“Le « I did not move » de John Drummond”

 

Tu as pratiqué d’autres sports ?

Jeune j’ai fait une année de baby gym, puis je suis allé vers l’athlé où en plus de la perche je faisais de la course et du saut. Au collège, j’ai pratiqué durant 3 années le basket, j’ai vraiment adoré. Bon vu mon entraînement en athlé, je passais mon temps à courir partout aussi bien en attaque qu’en défense, mais ça me plaisait. Après de retour chez moi j’ai repris la perche, non pas de manière plus sérieuse mais avec de meilleurs résultats. Ah oui, j’ai également fait de l’équitation, de la voltige cosaque mais à petit niveau

 

La voltige cosaque ?! Les sports à risques t’intéressent tant que ça ?

C’est vrai que j’ai le goût du risque, mais bon je ne suis pas fou non plus, j’aime juste ce genre de sensation.

 

Tu dis que tu étais fan de Bubka et Galfione, quels sont tes plus grands souvenirs de spectateur ?

Mes premiers souvenirs de spectateurs ce sont les championnats du monde d’athlétisme en 2003 à Paris, la même année je participais d’ailleurs à mes premiers championnats de France jeune. Bon le premier truc que je garde en tête c’est quand même le « I did not move » de John Drummond, c’était un grand moment. Le concours à la perche en revanche m’avait déçu, avec le raté de Romain (Mesnil) notamment. Après, il y a la victoire de Kim Collins, le premier sprinteur champion du monde en plus de 10 secondes, c’est quand même énorme. Enfin, comment oublier le 400 mètres de Marc Raquil ? Si je ne me trompe pas, j’avais pu assister à son premier tour depuis les tribunes. Les compétitions suivantes, c’est quand même plus particulier pour moi, car je les ai vécu en direct et tu as un ressenti différent. Par contre aujourd’hui lorsque je vois en vidéo le titre de Jean (Galfione) à Atlanta en 86, les sprints de Carl Lewis, son duel à la longueur avec Powell, franchement je vibre. Je ne pouvais pas les voir en direct car j’étais trop jeune, mais aujourd’hui ça me touche.

 

Ton absence à Pékin, c’est un échec pour toi ?

Pékin c’est une demi-déception. Parce que ma progression en 2008 a été tellement rapide… Au final du statut d’espoir je passe à 5cm des minimas, j’ai fais la course à la qualif toute l’année ce que je n’avais jamais connu. Alors évidemment j’ai raté les JO, mais j’ai beaucoup appris et l’année suivante j’empoche des médailles.

« Se doper pour gagner une place et se faire prendre des années plus tard et voir ton image détruite, je ne vois pas à quoi ça sert… »

 

Quand tu regardes ton palmarès, quel est ton meilleur moment ?

Turin, il n’y a pas de débat, le titre de champion d’Europe c’est mon meilleur souvenir. Tu as ta médaille, t’es sur le podium et t’as la Marseillaise, c’est magique. Je classe juste derrière mon record de France. Passer 6 mètres, seulement 17 perchistes au monde l’ont fait donc ce n’est pas rien.

 

Tu ne parles pas de ta 3ème place aux Mondiaux de Berlin ?

Ma médaille de Bronze à Berlin aux Championnats du Monde c’est une petite déception. C’est vrai qu’il y a la médaille au bout, mais moi je venais pour la gagne, pour l’Or… Mais bon avec cette troisième place, j’ai encore une fois beaucoup appris. Ça a été un peu particulier pour moi, car tout le monde avait oublié Romain(Mesnil) sauf moi. Je savais qu’il serait au top surtout qu’il avait la 3ème meilleure performance de la saison. Donc on s’est un peu tiré la bourre durant la compet et il m’a devancé. Mais j’ai de très bonnes relations avec lui.

 

Le saut à la perche est pour beaucoup un symbole d’irrégularité. Comment expliques-tu le fait que certains passent un week-end les 5,90m et, la semaine d’après, échouent à 5,50m ?

Un record c’est 100% de ce que l’on est capable de faire. Pour l’établir, il faut que toutes les conditions soient réunies, tant au niveau climatique que physique, sans oublier l’organisation et le déroulement de l’épreuve. Si tu attends 2 heures avant de sauter et 30 minutes entre chaque saut ce n’est pas la peine. Il ne faut pas oublier justement qu’on a que 3 tentatives. Il y a un vieux dicton selon lequel lorsque tu passes régulièrement une barre comme 5,75 ou 5, 80 c’est que tu vaux 10,15 cm de plus. En conséquence, passer 6 mètres aujourd’hui, c’est important. Jean Galfione ne l’a passé qu’une seule fois dans sa carrière, bon Bubka à plus de 40 reprises, mais lui il est dans un autre monde. Cette hauteur reste mythique pour nous tous.

 

J’ai une question de Ptitjul contributeur de coupedumonde.com pour toi. Aujourd’hui plus personne n’atteint les performances de Bubka, est-ce un signe que l’Ukrainien était dopé ou tout simplement hors-normes ?

Bonne question (rires). Je ne vais pas polémiquer sur le dopage. Je pars du principe qu’à son époque, s’il était dopé, il n’était pas le seul ! Pour moi, il reste plus fort que les autres, et rappelons-nous que Serguei est un sportif de l’ex URSS avec toutes les ambigüités que cela comprend. Bubka est un homme hors du commun, il alliait la puissance et la technique parfaitement et était toujours au Top. A son époque, beaucoup d’autres ont franchi la barre des 6 mètres, mais ils sont restés dans l’ombre…Ils doivent se dire qu’ils auraient dû arriver chez les pros aujourd’hui pour être sur le devant de la scène…. La perche c’est une discipline cyclique. Au 100 mètres par exemple, le record du monde est battu quasiment d’année en année, à la perche non. Combien de temps à mis Michael Johnson pour battre le record du monde ? Pensez également que celui du 400m tient toujours. A l’époque de Bubka, ils étaient un peu plus de 6 à passer les 6 mètres. En 2008, il y en avait 3 et en 2009 plus que 2 dont moi. Peut-être que l’on est en train de repartir sur une nouvelle dynamique, ce n’est pas un phénomène facilement explicable, cela dépend des générations.

 

Il y a quand même près de 20 cm d’écart entre les performances de Bubka et celles des perchistes actuels…

Bien sur que l’on se pose la question, mais cela ne change rien il était au dessus du lot de toute manière. Maintenant il faut laisser le passé de côté et penser au futur.

 

On ne parle pas beaucoup de dopage dans les sports collectifs, contrairement au cyclisme et à l’Athlétisme, c’est difficile à vivre ?

Le dopage existe dans les sports-co mais il a moins de conséquence. Un seul joueur ne peut pas influencer sur toute la durée d’un match. Et puis franchement pour taper dans un ballon, cela ne requiert pas une grande préparation, contrairement au fait de faire un 100 mètres en moins de 10 secondes. Nous franchement à la Perche, on a peu de soupçons, car la technique est un facteur déterminant. Le mec peut être dopé à 150% s’il n’a pas la technique il ne fera rien. C’est plus compliqué pour ceux qui font du demi-fond. Là je pense à Mehdi (Baala) pour qui c’est très difficile. Il récupère une médaille qu’il mérite tant, mais sur tapis-vert, après les JO. Lui il sait qu’il se bat contre des personnes pas nettes, ce qui est d’ailleurs encore plus glorifiant. Toute la saison, il est devant ces mêmes mecs qui lui passent devant lors des grands événements. Mais bon se doper pour gagner une place et se faire prendre des années plus tard et voir ton image détruite, je ne vois pas à quoi ça sert…

« Tout faire pour remporter l’Or »

 

Revenons au sport, ce week-end tu disputes les Championnats du Monde en salle à Doha, comment te sens-tu ?

Je vais aborder ces Championnats comme ceux de Berlin, en me concentrant sur les qualifications. Le concours n’est pas facile, et assez tôt le matin et surtout très long. Il faut bien se préparer à sauter 5,70m au bout de 2/3 heures d’attente pour ne pas se planter. Moi mon objectif est d’abord de tout faire pour verrouiller une médaille. M’assurer le podium avec une belle marge de sécurité pour après tout faire pour remporter l’Or. Steve Hooker est présent donc ça va être une belle bagarre surtout que l’on a réalisé tous les deux quasiment les mêmes performances cet hiver. Le podium devrait se jouer à 5,80m et l’Or à 5,90 et encore… ça devrait être un très beau concours.

 

Un perchiste peut-il vivre de son sport aujourd’hui ?

Tout dépend du perchiste. Mes résultats de l’année dernière m’ont permis d’avoir des sponsors et d’être tranquille aujourd’hui. Par contre lorsque l’on est à la limite du niveau international c’est plus compliqué pour s’en sortir.

 

Il n’y a donc aucune chance de te voir courir nu dans Paris, ta perche à la main ?

Non non il n’y a aucun risque (rires), je n’ai pas besoin de cela.

 

Enfin, quels sont tes prochains objectifs ?

Après Doha ce sera Barcelone (Championnats d’Europe plein air du 26 Juillet au 1er Aout 2010). Je vais bien me préparer une nouvelle fois avec uniquement la médaille d’or comme objectif. C’est vrai que ressauter au dessus de 6m me plairait mais je vise plus le résultat que la performance. Mais bon, si je repasse cette barre, c’est vrai que je ne me plaindrais pas !!

  




> Source : J.Lenormand  ||  Signaler un abus  || Noter :

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